AFFAIRE DU TIPSY’S BAR : LES FAILLES QUI PEUVENT TOUT FAIRE BASCULER
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AFFAIRE DU TIPSY’S BAR : LES FAILLES QUI PEUVENT TOUT FAIRE BASCULER

Une affaire criminelle secoue Cap-Haïtien depuis l’agression violente de Jeandline Ileé, une jeune femme enceinte battue devant le Tipsy’s Bar en janvier dernier. Si un rapport policier accuse gérants et employés de l’établissement, des voix s’élèvent pour dénoncer des irrégularités qui pourraient ébranler toute la procédure.

D’après les documents consultés, l’enquête s’appuie principalement sur une vidéo diffusée en ligne et des témoignages de riverains. Problème : aucune expertise n’a validé l’authenticité des images, pourtant cruciales. « Sans certification judiciaire, cette preuve reste contestable », souligne un avocat spécialisé en droit haïtien, rappelant l’article 27 du Code d’instruction criminelle. Les déclarations du mari de la victime, Gilles William, peinent aussi à convaincre, faute de rapports médicaux ou de constats indépendants venant les étayer.

Quatre responsables du bar dont le propriétaire Jean Réginald Jasmin ont été interpellés lors d’une descente policière. Le rapport omet cependant de préciser si des mandats d’arrêt ont été émis, pourtant obligatoires selon la loi. « On ne peut pas arrêter des citoyens sur simple soupçon », critique une source proche du dossier, évoquant une possible violation de l’article 40 du Code d’instruction criminelle. Autre inquiétude : les suspects auraient été auditionnés sans avocat, un droit pourtant garanti par la Constitution.

Le document accuse les gérants du bar d’avoir « commandité » le crime, jugeant la victime « gênante pour les affaires ». Pourtant, aucun élément concret messages, aveux ou transactions ne lie directement ces personnes au meurtre. Les noms de Cédrick et Bélilard, présentés comme les principaux agresseurs, sont pointés du doigt pour leur proximité avec l’établissement. Mais en droit haïtien, la complicité exige une participation active, difficile à prouver ici. « Accuser un propriétaire pour les actes de ses employés, sans preuve de son implication, c’est risqué » analyse un magistrat sous couvert d’anonymat.

Les interrogatoires des suspects, rédigés en partie en créole sans traduction officielle, posent également problème. « Un PV doit être rédigé dans une langue compréhensible par tous les acteurs judiciaires », rappelle un expert, citant le décret de 1997 sur les actes judiciaires. Par ailleurs, l’absence de certificat de décès détaillé ou d’autopsie officielle affaiblit la qualification de meurtre, pourtant essentielle pour condamner.

Dès les premières lignes, le rapport adopte un langage accusateur, qualifiant les suspects de « complices avérés » avant tout procès. Une formulation qui heurte la présomption d’innocence, pilier de la Constitution haïtienne. La collaboration entre enquêteurs et juge de paix Samuel Philippaux lors des interpellations alimente aussi les doutes sur l’impartialité de la procédure.

Enfin, la recommandation de fermer le Tipsy’s Bar avant même un jugement fait grincer des dents. « C’est méconnaître le droit à la propriété et la présomption de régularité »s’insurge un défenseur des libertés individuelles, soulignant que seule la justice peut ordonner une telle mesure.

Si les failles soulevées sont retenues par les tribunaux, cette enquête pourrait vaciller, reléguant au second plan la quête de vérité pour Jeandline Ileé. En attendant, la balle est dans le camp de la justice : saura-t-elle démêler le vrai du faux dans un dossier où émotion et rigueur juridique s’entrechoquent ?

« Les erreurs de procédure ne doivent pas occulter le drame humain, mais elles risquent de le faire », conclut, amer, un proche de la victime.

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